« Le véritable potentiel de la RFID réside dans son intégration directe au vêtement. »
© SMCP / Maje
Directeur Production, Sourcing & RSE chez Maje, Jean Loez pilote l'ensemble de la chaîne de fabrication — du bureau technique à l'entrepôt. Administrateur au conseil d'administration de SMCP depuis deux ans, il porte aussi les chantiers RSE et le développement de la RFID permanente.
« Chaque vêtement devra disposer d'un identifiant unique d'ici 2027. »
Peux-tu te présenter en quelques mots et nous expliquer tes missions ?
JLJe suis arrivé chez SMCP il y a un peu plus de 16 ans, au moment où la marque venait d'être rachetée. Ma mission première consiste à organiser toute la partie production : le bureau technique et industriel pour la préparation à l'industrialisation, les achats de matières premières et de composants, ainsi que la logistique jusqu'à nos entrepôts.
La grande majorité de nos productions est négociée en ex works, c'est-à-dire que nous prenons en charge le transport dès la sortie de l'usine. Nos transporteurs vont ainsi chercher les marchandises directement chez les fournisseurs.
À ce périmètre se sont ajoutés les sujets RSE, sur lesquels Théophile m'accompagne. J'ai également sous ma responsabilité les équipes qualité et import, qui travaillent à la fois pour Maje et pour Claudie Pierlot. Enfin, depuis deux ans, je siège en tant qu'administrateur au conseil d'administration du groupe SMCP.
Au-delà de mon périmètre opérationnel, je participe à des projets transversaux au niveau du groupe : l'ERP, le PLM et, très prochainement, le TMS (Transport Management System).
Qui sont tes interlocuteurs principaux au sein des pôles finance et stock, et dans quel cadre les sollicites-tu ?
JLJ'ai trois interlocutrices principales. D'abord Marie-Aline, avec laquelle j'échange très régulièrement, que ce soit en comité de direction ou lors de réunions opérationnelles — nous abordons notamment les questions de budget et de provisions.
Ensuite Louise, avec qui nous travaillons sur la répartition analytique des dépenses et le suivi budgétaire. Nous vérifions si nous sommes dans les clous et, le cas échéant, s'il est nécessaire d'effectuer des transferts entre les lignes production et développement.
Enfin Caroline, actuellement en congé maternité et remplacée par Sonya, avec laquelle mes équipes et moi collaborons sur les inventaires, les niveaux de stock et les provisions.
Concrètement, en quoi ce travail avec Caroline t'aide dans ton quotidien ?
JLNous naviguons dans les données de stock matin, midi et soir, mais avec une vision très focalisée : une matière, un composant, etc. Ce que Caroline apporte, c'est une vision d'ensemble. Elle permet de vérifier si l'ensemble de nos achats engagés est bien en ligne avec la saison passée, si notre consommation de composants correspond à ce qui avait été prévu. Elle détecte également des dérives que nous n'aurions pas forcément identifiées seuls.
Un bon exemple est celui des composants permanents : une doublure beige, un zip standard, que nous utilisons saison après saison. Ces composants sont commandés en gros volumes et, en fin de saison, il en reste toujours une partie. Caroline nous alerte alors sur la nécessité de les transférer vers la saison suivante, comme nous le ferions pour des produits carry over, plutôt que de les faire peser sur le budget de la saison écoulée comme du stock obsolète. Sans cette vigilance, nous risquerions de déprécier des matières parfaitement utilisables.
Elle nous aide également à gérer les surstocks liés aux tolérances fournisseurs. Dans le textile, un fournisseur est autorisé à livrer entre 2 et 3 % de métrage en plus ou en moins. Sur une commande de 30 000 mètres, cela peut représenter entre 700 et 900 mètres de tissu dont nous n'avons pas besoin. Avec Caroline, nous isolons ces métrages et sollicitons les équipes achats pour les réutiliser — fabriquer des pièces outlet à partir de ces tissus excédentaires, ou, lorsque ces matières deviennent réellement obsolètes après deux ou trois saisons, les revendre à des soldeurs. Même à 5 % de leur valeur d'achat initiale, cela reste préférable à la poursuite des coûts de stockage.
« Caroline détecte des dérives que nous n'aurions pas forcément identifiées seuls. » — Jean Loez, directeur Production, Sourcing & RSE
Comment la finance t'accompagne-t-elle sur les projets RSE ?
JLLa RSE est un sujet que j'ai dû apprendre sur le terrain. Je suis issu d'une école d'ingénieurs textiles et, il y a quarante ans, ce sujet n'existait tout simplement pas. Aujourd'hui, il constitue une partie entière de mon périmètre, avec des projets très concrets : le transport à la voile avec VELA, la ferme en Uruguay avec Nativa pour la laine régénérative, ou encore les certifications EcoCert.
Sur l'ensemble de ces projets, la finance intervient dès lors qu'il s'agit d'allouer des budgets. Pour les audits de certification, par exemple, il faut financer à la fois les équipes projet et les organismes certificateurs. Nous échangeons donc avec Marie-Aline sur l'affectation de ces coûts.
Concernant VELA, c'est le groupe SMCP qui a porté le financement du chantier naval. Les premiers catamarans devraient être mis à l'eau en janvier 2027. En revanche, lorsque nous commencerons à utiliser ce mode de transport, le coût des expéditions sera directement intégré à nos charges de transport.
Il y a un sujet sur lequel j'aimerais renforcer la collaboration avec la finance : la consolidation de l'ensemble des taxes liées à la RSE. Entre Eco-emballages, Refashion, la CTO ou encore les équivalents de Citeo en Espagne et en Italie, les règles restent très hétérogènes à l'échelle européenne. L'Espagne taxe les emballages au poids, tandis que l'Italie applique une taxation calculée en pourcentage du chiffre d'affaires. Aujourd'hui, nous subissons ces taxes sans toujours les anticiper. L'objectif serait de disposer d'une vision consolidée et précise de ce qu'elles représentent chaque année pour Maje. C'est une réflexion que j'ai déjà engagée avec Elina.
Refashion illustre bien à la fois la complexité et les opportunités des mécanismes de contribution liés à la RSE. Il s'agit d'une contribution liée à la durabilité des produits. Si nous faisons tester nos best-sellers en laboratoire — résistance au lavage, à la lumière ou à l'usure — et que les résultats sont conformes, Refashion nous reverse un bonus pour chaque pièce vendue. Nous gérons ce sujet avec l'équipe qualité.
Quel est ton rôle dans le projet RFID, et en quoi transforme-t-il tes missions ?
JLJe suis impliqué de manière très opérationnelle dans le projet RFID, avec un intérêt particulier pour le développement du tag RFID permanent.
Aujourd'hui, la puce RFID est intégrée à l'étiquette de prix. Elle apporte déjà des gains importants pour les inventaires et la réception en entrepôt. Mais son véritable potentiel réside dans son intégration directe au vêtement, par exemple dans une doublure ou une couture.
Les bénéfices sont nombreux. Un tag permanent peut remplacer les antivols traditionnels, puisqu'il reste détectable par les portiques de sécurité. Il permet aussi de conserver la traçabilité d'un produit tout au long de son cycle de vie, notamment lors des retours, même lorsque l'étiquette de prix a disparu.
À plus long terme, cette technologie ouvre des perspectives majeures en matière d'authentification des produits et de lutte contre la contrefaçon. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles certaines marques de luxe l'ont déjà adoptée. Pour faire avancer ces sujets, nous collaborons avec d'autres acteurs du secteur, notamment Zara et Décathlon. Le défi est commun : développer une puce capable de résister aux lavages, à la chaleur et aux contraintes d'usage.
Quels sont les autres usages que vous envisagez ?
JLLe merchandising offre des perspectives très intéressantes. Grâce à des antennes discrètes à l'entrée des cabines d'essayage, il serait possible d'identifier les articles essayés mais non achetés. Un produit essayé cinquante fois sans être vendu révèle un problème : la désirabilité existe, mais un frein subsiste, qu'il s'agisse du taillant, de la coupe ou d'un détail de conception. Aujourd'hui, ce type d'information nous échappe.
Les miroirs connectés constituent également une piste prometteuse. En détectant automatiquement les produits portés, ils peuvent proposer des suggestions de looks. Chez Maje, nous restons dans une logique d'aide à la vente, mais dans un flagship, cela pourrait prendre la forme d'un assistant discret et élégant.
À plus long terme, l'arrivée du Digital Product Passport, qui deviendra obligatoire en Europe d'ici 2027, va accélérer ces évolutions. Chaque vêtement devra disposer d'un identifiant unique permettant de retracer son transport, son historique de revente ou ses réparations. Une puce RFID permanente est aujourd'hui la seule solution adaptée à cet usage. Cela représente un investissement technologique et organisationnel important, que les directions financières devront intégrer dans leurs modèles de rentabilité.